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Cette
affaire autour d’un pseudo échec de la démocratisation culturelle
n’en finit pas d’agiter le petit monde du landerneau culturel.
L’essoufflement constaté des pratiques et des comportements
culturels s’explique par de nombreuses raisons. La fracture,
la séparation de l’éducation populaire et de l’action culturelle
en est certainement la plus déterminante.
Tout
le monde y va de son petit couplet, mais si cela peut conduire
à « Repenser » la culture ne ratons
pas ce précieux rendez-vous.
D’un côté « l’Education
populaire » s’interroge sur son
bilan et sur son avenir. L’Offre Publique de Réflexion,
et le Livre blanc de l’éducation populaire,
initiés en 2000 et 2001, par Marie-Georges Buffet, Ministre de la
jeunesse et des sports, témoignent de cette interrogation. Pendant
deux ans plus de cinq cent contributions individuelles et collectives
ont permis de dresser un état des lieux et de formuler des
propositions pour l’avenir. Contemporains du centenaire de la loi de
1901 sur les associations, l’Offre Publique de réflexion et le Livre
blanc de l’éducation populaire ont constitué une riche contribution
pour ce nécessaire redimensionnement de l’éducation populaire
qu’attendent ses principaux acteurs.
Dans le même temps, le champ de ce
qu’il est convenu d’appeler « l’action culturelle »,
lui aussi se remet en question. Les nombreux et récents débats sur
« l’échec ou sur les limites de la démocratisation culturelle »
en témoigne largement. En effet,
toutes les enquêtes confirment que les pratiques culturelles des
français font « du sur place ».
Aussi les principaux acteurs, élus politiques, professionnels,
institutions, s’interrogent-ils et doutent-ils de l’efficacité de
leurs actions sur le terrain, voire sur la pertinence de leurs
stratégies et de leurs politiques culturelles.
La séparation, l’arrachement, de
l’éducation populaire et de l’action culturelle en 1959, est un fait
historique trop vite banalisé, c’est aussi une question récurrente,
qui comme tout refoulé n’en finit pas de ressurgir. En effet les
conséquences de cette séparation pour l’un et l’autre des secteurs
sont mal connues parce que mal ou pas observées, étudiées, et
évaluées.
Certains acteurs
de l’éducation populaire et de l’action culturelle, en appellent
aujourd’hui, sans remettre forcément en cause cette dichotomie
historique, à un rapprochement, à une plus grande collaboration,
voire à un nouveau compagnonnage mutuellement stimulant et réciproquement
enrichissant.
L’histoire
culturelle de notre pays s’est construite à partir du concept
« d’Education
popuaire » née sous la Révolution
française et incarnée par « le discours sur l’éducation »
prononcé à l’assemblée législative en 1792 par Condorcet. Celui-ci
distingue l’obligation d’instruire de celle de donner à chacun
et à tous, tout au long son existence, la possibilité de s’éduquer,
de comprendre, pour agir sur sa vie et sur la société et de
vivre concrètement la démocratie.
L’éducation
populaire a donné naissance, plus tard, à « l’action
culturelle ». Le paysage
culturel s’est progressivement façonné en puisant dans ces deux
courants d’une même source, et ces traits d’aujourd’hui sont
le produit d’un complexe métissage qui mêle intimement ces deux
constituants originels.
De
Condorcet, à la Commune de Paris et aux Bourses du Travail,
du Théâtre du Peuple de Maurice Pottecher au Théâtre National
Populaire de Jean Vilar, de Peuple et Culture au Festival
d’Avignon, du Front Populaire à la création des comités d’entreprises,
de Travail et Culture aux Maisons de la Culture, des Universités
populaires aux ateliers d’écriture, de la première décentralisation,
celle de Dasté et de Copeau, au Théâtre de l’Est Parisien, des
Auberges de jeunesse aux Maisons des Jeunes et de la Culture,
se donne à lire une profonde et riche singularité qui mixte
inextricablement « Education populaire »
et « Action culturelle », « Action
populaire » et « Education culturelle ».
Né avec le Front
Populaire, le ministère de la jeunesse et des sports, se confond
pendant une longue période avec celui de l’éducation nationale. Il est
constitué alors de la Direction des sports et de l’éducation physique
d’une part, et celle des mouvements de jeunesse et d’éducation
populaire, d’autre part. En 1958, ces deux directions se constituent
en département ministériel autonome, alors que dans le même temps en
1959, sous l’impulsion de Malraux naît un ministère de la culture.
L’éducation nationale est alors chargée de l’enseignement classique et
des formations initiales ; le ministère de la culture, des
professionnels de la création et de la diffusion ; le ministère de la
jeunesse et des sports, outre le secteur sportif, de l’action
éducative dans le temps de loisirs et de vacances de l’individu
(jeunes et adultes).
La séparation, totalement arbitraire
au regard de leur histoire commune, des deux branches jumelles
que sont l’éducation populaire et l’action culturelle, a progressivement
entraîné de fait une différenciation des missions et des compétences,
mais aussi des temps et des espaces. Chacun, semble-t-il, s’en
est tant bien que mal accommodé, mais la réalité est têtue
et l’artificiel autant que l’arbitraire ne tiennent pas la distance,
aussi n’est-ce sans doute pas fortuitement que ces deux champs,
aujourd’hui s’interrogent.
Le développement de la culture ne peut relever de
la seule démocratisation de celle-ci. Une conception de la culture
renouvelée et élargie aux enjeux d’aujourd’hui, a besoin de
l’éducation populaire.
En effet, si la culture ne se limite pas à ses seules expressions
artistiques et littéraires, et si donc, la question de la démocratisation
culturelle, bien que condition nécessaire, n’est pas la condition
suffisante, il convient de travailler l’autre versant de la
culture, celui de la transformation sociale. C’est-à-dire redonner
toutes ses lettres de noblesse à l’autre branche sœur,
celle de l’éducation populaire.
Plus que jamais le besoin de citoyenneté est grand et le besoin
d’intervenir, d’échanger est manifeste.
Les traits de l’éducation populaire dont nous avons besoin aujourd’hui
s’esquissent par touches successives.
Elle est à la confluence des temps et des espaces, temps et
espaces de vie et de travail, de formation et de loisirs, de
l’entreprise et de la cité. Elle est l’élément fédérateur de
nos vies morcelées. Fédérant, c’est-à-dire réorganisant celles-ci
à partir d’un projet, celui d’agir sur l’environnement pour
le transformer, de peser sur le cours des choses au lieu de
subir ; d’être tout à la fois l’auteur, l’interprète de
sa vie, d’agir sur l’histoire collective et sur sa propre histoire.
Ainsi posée, l’éducation populaire serait le lien, le liant,
le ciment, unissant autour d’un projet de transformation individuelle
et sociale les différents temps, les différentes sphères d’activités.
La place de ce tiers temps, de ce tiers secteur, n’est pas justifiée
par défaut, mais par nécessité. La nécessité de donner sens,
de donner de la cohérence à des engagements par trop fragmentés :
salarié ou privé d’emploi, élève ou parent d’élève, consommateur,
syndicaliste ou militant associatif, spectateur ou auditeur…
C’est l’organisation, la globalisation, la mise en perspective
autour d’un projet commun de transformation, de ces différentes
actions, de ces différents temps, de ces différents espaces,
qui pourraient être dévolus à une éducation populaire renouvelée.
Le morcellement du tissu social et les phénomènes d’exclusion,
la densification et le fractionnement de l’espace, génèrent
une demande de communication et des formes de sociabilité plus
fortes qu’autrefois
A côté de la culture traditionnelle, à côté de l’éducation nationale,
une autre forme de culture et une autre forme d’éducation sont
aujourd’hui nécessaires pour répondre aux défis et aux enjeux
posés à notre société.
Cet espace doit être occupé, non par défaut et carence des ministères
de la Culture et de l’Education nationale, mais bien parce qu’existent
des besoins spécifiques grandissants dont la résolution ne peut
incomber qu’à un « tiers-secteur »
Eduquer
De profondes
inégalités subsistent alors qu’augmente chaque jour
« la sphère des savoirs »qui comme disait Pascal :
« en s’agrandissant, augmente ses contacts avec
l’ignorance » Le champ des savoirs et des connaissances
s’étend chaque jour encore davantage, en quantité certes, mais
aussi en complexité. Ainsi, aujourd’hui, selon André Giordan
: « les savoirs doublent tous les dix ans et la
moitié des données technologiques sont périmées au bout de cinq
ans. Les 9/10ème des connaissances que des élèves d’aujourd’hui
auront à maîtriser au cours de leur vie n’ont pas encore été
produites »
Si le terme « populaire » s’entend
de manière consensuelle aujourd’hui comme « le plus
grand nombre », le terme « éducation »
pose davantage question. En effet, qu’est-ce aujourd’hui
que cette éducation que l’on voudrait étendre au plus grand
nombre ? De quelle éducation complémentaire avons-nous
besoin aujourd’hui pour affronter les défis et les enjeux posés
à notre société. Quelle est, ou quelle sera, sur ce registre
de l’éducation, la spécificité, la singularité, le créneau dévolu
à l’éducation populaire, non par carence des autres acteurs,
par défaut, mais bien par raison, par reconnaissance, par efficacité ?
Il est par conséquent de la plus grande utilité de travailler
à cerner les contours, et à esquisser les traits modernes de
ce qui pourrait constituer la singularité éducative de ce mouvement.
Bernard Lahire a montré que « l’homme pluriel
est un homme qui a traversé et fréquenté plus ou moins durablement
des espaces ( matrices) de socialisation différents ; il
est donc porteur de dispositions, d’abrégés d’expériences multiples
et pas forcément toujours compatibles » (2)
Et si cette éducation complémentaire était pour paraphraser
un propos de Joël de Rosnay, « le ciment qui réunit
les éléments épars d’un monde disjoint, reçu par bribes, de
l’école, des médias, de l’entreprise, de la vie de tous les
jours. Et donc les outils culturels de demain sont les outils
de synthèse, de recollage, d’intégration, le moyen de relier
à sa vie personnelle et à son activité, toute une série de connaissance »
Cette mise en perspective des savoirs disjoints, s’apparente
aux techniques du collage ou plus précisément encore à ce qu’Edgar
Morin désigne du beau terme de « Reliance »
(2) Bernard Lahire, l’homme pluriel, Nathan 1998
(3) Edgar Morin, Itinérance, Arléa 2000 p.101
Aiguiser
le sens critique
Développer
la lucidité et aiguiser le sens critique sont des préoccupations
transversales qui peuvent se mettre en œuvre dans différents
secteurs de la vie sociale, politique et culturelle.
Inter
culturalité et pluralisme comme facteurs de démocratie
A l’heure
de la mondialisation, des images et des informations, de la
standardisation des imaginaires, du calibrage des œuvres artistiques
et du formatage de la pensée, la question du pluralisme revêt
une importance
particulière. Dans tous les domaines, il faut opposer à l’uniformisation,
le foisonnement des idées, des esthétiques, des langages, des
écritures. Cela vaut
tout autant pour la pensée que pour les formes de sociabilité,
que pour les expressions artistiques et les sources d’informations ;
De
la démocratie représentative à la démocratie participative
Tout
comme la démocratisation culturelle s’avère impuissante, seule,
à faire face aux enjeux et aux défis d’aujourd’hui, la démocratie
représentative se révèle limitée au regard des besoins et des
aspirations nouvelles.
La question de l’élargissement des formes maximum d’intervention
populaire et de la citoyenneté n’est pas l’apanage de l’Europe,
et l’expérience du « budget
participatif » mené à Porto Alegre au Brésil est riche
d’enseignement.
L’Urbanité
Ce terme
fait référence à l’URBS, la ville des anciens romains. Le verbe
latin
urbain ou urvave signifie « tracer
sillon », « faire la délimitation » C’est
ainsi que Rome a été fondée. Pour Littré, urbanité
signifie « politesse que donne l’usage du monde »
Le respect accepté de règles « de bonne intelligence,
« d’amabilité », de codes de « bonne conduite »
au sein de la cité manifeste symboliquement sa cohérence.
Concernant la politesse, Littré la définit comme étant la
« culture intellectuelle et morale des sociétés »
Or cette forme particulière de culture, comme toutes
les cultures, n’est pas spontanée et naturelle. Elle est le
fruit, le résultat d’une éducation, dont force est de constater
qu’elle ne s’acquiert pas, ou peu à l’école.
D’où la nécessité de réinvestir et transformer la ville, de
.permettre aux groupes de la population de se rencontrer, de
se retrouver, d’affirmer leurs identités, de
participer à l’animation de la ville et de créer des synergies
entre le « local » et le « mondial »
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